COP21 en chantier : Ça chauffe !

Nous étions à la Maisons des Métallos le 27 janvier 2015 pour une conférence/débat avec Valérie Masson-Delmotte. Notre résumé :

 

Après une brève présentation de Christophe Bonneuil, directeur de la collection l’Anthropocène aux éditions du Seuil, Valérie Masson-Delmotte, climatologue au laboratoire du CEA de Gif sur Yvette et membre du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat) rappelle l’importance du climat, qui historiquement a conditionné l’évolution de toutes les sociétés humaines.

Le GIEC, nous explique-t-elle, se charge de synthétiser les apports des chercheurs (1000 en France et 20.000 dans le monde) travaillant sur le climat. A partir du traitement des données relatives aux mesures effectuées, il construit, en s’appuyant sur des modèles mathématiques, des scenarii d’évolution possible.

Pour réaliser cette synthèse, tâche difficile s’il en est, le GIEC fait appel à des scientifiques volontaires, dont les compétences sont complémentaires. Leurs contributions sont ensuite relues par d’autres scientifiques.

Le rapport complet pour 2013 est de 1000 pages environ, recueillant 9.200 publications de 259 auteurs. Mille autres scientifiques se sont chargés de la relecture critique. Le rapport contient 14 chapitres, complétés par des atlas et des cartes. Un résumé technique de 100 pages ainsi qu’un résumé pour les décideurs de 20 pages ont également été publiés.

 

Sans équivoque possible, le réchauffement climatique est constaté de façon globale mais inégale suivant les aires géographiques.

Par exemple, ce réchauffement est nettement plus accentué autour de l’Arctique, comme au dessus des zones continentales (à cause de la présence plus importante de vapeur d’eau dans l’atmosphère). On constate ainsi, comme dans les Andes péruviennes, une réduction des zones enneigées et une fonte des glaciers. En revanche, dans l’Antarctique la banquise s’étend. La destruction de la couche d’ozone au-dessus de ce continent entraîne des résultats plus contrastés et complexes suivant les régions du continent.

 

En un siècle, les eaux ont monté de 20 cm

Dans les océans, le réchauffement des eaux entraîne une réduction de la banquise et un gonflement de la masse des eaux. Cette montée des eaux a été en moyenne de 2 mm par an dans la première moitié du XXe siècle, et de 3 mm par an depuis 1950. Depuis 100 ans, la montée des eaux a atteint 20 cm et, en extrapolant, on peut estimer qu’elle s’établira à 30 cm pour le siècle à venir.

S’agissant de la température moyenne à la surface du globe, celle-ci était stable jusqu’à la fin du XIXe siècle. Au cours du XXe siècle, cette température à commencé à augmenter, et ce de façon plus nette encore depuis les années 1960. Ainsi, entre 1970 et 2010, chacune des décennies successives a été la période la plus chaude depuis 1400 ans.

Le réchauffement des océans en profondeur se poursuit sans interruption depuis 40 ans. A ce propos, il faut garder présent à l’esprit que les océans amortissent, certes, les effets du réchauffement, mais cèdent par la suite de la chaleur à l’atmosphère. Ceci contribue à prolonger notablement les effets du réchauffement.

Par ailleurs, en raison du changement climatique la probabilité dé connaître des étés frais diminue et celle d’avoir des étés chauds augmente.

 

Le CO2, un déchet à longue durée de vie

Ce réchauffement aura, de plus, un effet sur la disponibilité en eau, ressource cruciale. Sous nos latitudes, et notamment en France, on s’attend à une augmentation des pluies d’hiver dans la moitié nord du pays et à une diminution de la pluviosité l’été dans tout le pays. Le cumul des précipitations risque d’être plus important, alors que la sécheresse augmentera probablement en intensité sur le pourtour méditerranéen, de même que sous les tropiques. Par ailleurs, en zone équatoriale les pluies risquent d’augmenter. Ceci ne manquera pas d’avoir un impact sur les rendements agricoles, notamment dans des aires densément peuplées ; il sera d’autant plus important sur les populations les plus pauvres, plus vulnérables par définition.

Les relevés (carottages) témoignent de l’accroissement récent de la teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre, dont les principaux sont le CO2 et le méthane (CH4). Cette augmentation, en ce qui concerne le CO2, s’est accélérée sur les 10 dernières années et est due, dans cette période, pour les 9/10eme à l’utilisation d’énergies fossiles et 1/10eme à la déforestation. Les océans stockent du CO2 et s’acidifient avec un impact certain sur les écosystèmes marins. Il faut savoir, en outre, que le gaz carbonique est un déchet à longue durée de vie, qui sera encore actif dans un millier d’années. Ainsi, de plus en plus d’énergie se trouve piégée à la surface du globe.

Tout ceci entraînera inéluctablement un effet d’inertie même en cas d’arrêt des émissions de CO2 et une persistance des conséquences du réchauffement. Il découle de ce qui précède que les résultats des actions éventuellement entreprises actuellement ne se feront pas sentir avant 2040-2050. A titre d’exemple, la montée du niveau des mers va continuer à raison de 30 à 40 cm en un siècle, même en cas de maîtrise du réchauffement, et de 60 cm à un mètre dans un scénario où rien ne serait entrepris pour limiter le réchauffement (« business as usual »).

La température moyenne à la surface de la terre est fonction de plusieurs facteurs :

  • Naturels comme l’activité du soleil, le volcanisme, le phénomène El Niño
  • Dérivant de l’activité de l’homme : ce sont ces derniers qui ont joué un rôle prépondérant depuis 1950.

 

Les négociations de la COP 21 

Le document de 20 pages édité par le GIEC à l’attention des décideurs a été visé et approuvé mot à mot par les représentants des gouvernements concernés et notamment par ceux des pays producteurs de pétrole ou d’énergie fossile comme l’Arabie Saoudite, les USA et la Russie, ou de pays émergents tels que l’Inde ou la Chine.

A l’inverse de ce qui s’était passé lors de la conférence de Kyoto, où seuls les pays riches étaient présents (certains d’entre eux, tels le Japon ou le Canada, n’ayant d’ailleurs pas respecté le protocole), à la COP 21, la présence des derniers pays émergents ou du Sud, jouera un rôle déterminant. Si les pays riches ne fournissent pas un effort sensible visant à la réduction des gaz à effet de serre, la conférence risque d’aller à l’échec.

 

Qu’en est-il du climato-scepticisme ?

En réponse à une question de la salle, Valérie Masson-Delmotte précise que, s’il apparaît de plus en plus difficile d’avancer des arguments scientifiques convaincants en faveur du climato-scepticisme, ce dernier tend à devenir actuellement, aux Etats Unis, un trait de l’identité politique des Républicains conservateurs, et donc à se situer au-delà (ou en deçà) de toute argumentation rationnelle, dans le registre de la croyance, tout comme la négation de l’évolution des espèces.

 

Site du Giec : http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.shtml

Site qui recense les think tanks climato-sceptiques (en anglais) : http://www.desmogblog.com

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