EUROPA-CITY OU LES DELIRES MERCANTILES DE LA GRANDE DISTRIB’ / TOXIC TOUR DU 30 MAI 2015

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Avez-vous entendu causer du Triangle de Gonesse, du trafic aérien qui le survole et du centre mégalo-commercial que le groupe Auchan veut y implanter, avec la bénédiction de l’Etat? Ouvrez l’oreille, ce n’est pas triste…

 

C’était le sujet du Toxic-tour du samedi 30 mai, suivi par une quarantaine de courageux climatophiles, qui avaient réussi l’exploit de franchir le périph’ – une frontière majeure pour les parisiens !– et en plus de s’aventurer jusqu’à la station Villepinte Parc des expos du RER B, perdue en plein no man’s land de grande banlieue.

Première étape, le centre commercial Paris Nord 2, où sévissent une flopée de grandes enseignes dont Ikéa, Castorama, Décathlon, un Usine Center, etc. Ce centre, explique Bernard Loup, du Collectif pour le Triangle de Gonesse, est une aberration en termes d’urbanisme : construit dans une zone d’activités éloignée du centre de Gonesse, drainant un flux important de ses habitants, il engendre une « ville éclatée », qui a perdu dans l’opération son unité, sa cohérence. De plus, la concurrence tue les commerces de proximité du centre ville, devenu un désert, avec un bilan très négatif en termes d’emploi dans le secteur commercial. Sur le plan écologique, la localisation entraîne un usage intensif de la bagnole (chacun a pu s’effarer devant les vastes parkings bourrés), reine absolue de ce type d’équipement, pour le plus grand bien du climat, comme on sait !

Le Tour enjambe une passerelle, au-dessus de l’autoroute A1 et d’un coup, le décor bascule : nous voilà en plein champ, au milieu des blés.  Là s’étendent les 1000 ha du Triangle de Gonesse, qui sont parmi les plus riches terres d’Europe, selon l’INRA. Sur 300 ha de cet espace, indique Irène, secrétaire du Collectif, le groupe Auchan veut implanter un nouveau centre commercial, Europa City, qui accueillerait 500 boutiques de grand luxe et revendique un nouveau concept autour de la culture et les loisirs : en plus du lèche-vitrine, il comprendrait un cirque, un parc aquatique, une piste de ski, ouverte 7 jours sur 7 ( !), des hôtels. « Il s’agit, nous dit Irène, d’attirer 30 millions de touristes annuels qui vivraient quelques jours sur le site et ainsi de concurrencer le triangle d’Or de Paris… »L’ensemble, auquel s’ajoute un projet de golf de 90 ha, créerait 11 500 emplois, selon Auchan. En contrepartie, le groupe réclame que l’Etat investisse 2 milliards d’euros pour aménager les accès, dont une gare à construire en plein champ.

Première remarque, il y a toute chance pour que les 11.500 emplois ne se rajoutent pas à ceux existant déjà dans le secteur, mais les « siphonnent » à la concurrence. Car il existe déjà trois grands centres commerciaux à proximité – O Paris Nord, 300 boutiques et 2700 emplois ; Paris Nord 2, qu’on vient de visiter ; et Aéroville, sur l’aéroport de Roissy (1500 emplois). Même si le flux de touristes débarquant de Roissy s’accroît, Europa City va ponctionner la clientèle de ces centres, qui licencieront en proportion. En outre, le profil des candidats qui convient à Auchan – parler 2 ou 3 langues étrangères –ne colle pas avec celui des habitants du coin. Ainsi à Gonesse 31 % des résidents n’ont aucun diplôme.

Surtout, comme le disait Alain Lennuyeux, président du Collectif pour le Triangle de Gonesse, lors du Tour précédent, au Bourget, « bétonner des terres agricoles toutes proches de Paris est aujourd’hui un anachronisme, une folie ! L’autonomie alimentaire de l’Ile de France est inférieure à 10%. Et dans les années qui viennent, nous ne pourrons plus faire venir les fruits et légumes de l’autre bout de l’Europe, voire du monde, il faudra bien se nourrir « local ». Aussi cherchons-nous à engager, avec les agriculteurs du Triangle, pour l’instant céréaliers, la transition vers le maraîchage, la culture des légumes ».

Pendant que de tels projets hypothèquent l’avenir, les habitants de la région subissent les nuisances dues aux deux aéroports – le Triangle de Gonesse est limité au Nord par Roissy et au sud par Le Bourget. Le vacarme des avions, raconte Françoise, de l’association Advocnar, provoque des insomnies ou, même si la personne ne se réveille pas, des stress dangereux pour la santé. Il existe des plans de protection, mais dont l’effectivité est minime, car les élus locaux, fascinés par la modernité que symbolise l’aviation et espérant des retombées en termes d’emploi, se refusent à encadrer strictement les vols.

Plus grave encore, l’aviation ne contribue en rien, actuellement, à la lutte contre le dérèglement climatique. Elle produit pourtant 5% des gaz à effet de serre (GES) émis dans le monde, précise Françoise, soit le volume total des GES généré par l’Allemagne. Mais elle est, de fait, exclue des discussions autour de la COP 21. Et – scandale à peine croyable – le kérosène est exonéré de toute taxe depuis 1944, tandis que les billets internationaux n’acquittent aucune TVA et que les nationaux bénéficient d’un taux réduit (7%). Ceci datant de l’époque de l’après-guerre, où les pouvoirs publics souhaitaient développer le transport aérien…

Bref, les logiques cumulées de la concurrence féroce entre compagnies, de l’inertie bureaucratique et des traitements de faveur acquis se conjuguent pour détruire le climat. Il est vrai que ce bien commun n’a pour l’instant, pas de coût…

Bernard Boudet

 

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